Pierre Laurent. « Nous portons la seule alternative de gauche »

Le Secrétaire national du PCF et président du Parti de la gauche européenne (PGE) à la rencontre de salariés dans les bouches du Rhône Interview dans la Marseillaise.


20 mai 2014

La Marseillaise. Quel est le sens de votre visite dans les Bouches-du-Rhône ?

Pierre Laurent. On vient d’apprendre le lâchage de la SNCM par l’État qui tourne le dos à tous les engagements pris. C’est une très mauvaise nouvelle. Je viens rencontrer les marins comme les salariés d’autres entreprises en difficultés : les Moulins Maurel, LFoundry, Fralib, LyondellBasell… À leur côté, je veux exiger des actes forts de l’État en soutien aux projets industriels qu’ils défendent. Au-delà des Bouches-du-Rhône, le cas Alstom montre aussi le manque d’engagement d’un État qui a le verbe haut mais ne transforme pas ses paroles en actes. L’industrie est une question que nous mettons au cœur de notre campagne européenne.

La Marseillaise. Le Grand marché transatlantique est un sujet qui commence à percer dans le débat public. Comment vous y opposez-vous alors que les gouvernements tentent de contourner les parlements nationaux ?

Pierre Laurent. Nous sommes en train de briser le mur de silence qui entourait les négociations sur le Grand marché transatlantique. Il est profondément scandaleux que les chefs de l’État et du gouvernement français aient validé le mandat de négociation porté par la commission européenne sans aucune consultation du Parlement. Le contenu de ce mandat est d’ailleurs tenu secret. Si on allait au bout de cet accord de libre échange entre l’Europe et les États-Unis, de graves menaces pèseraient sur des centaines de milliers d’emplois industriels, sur l’agriculture et les normes sociales et environnementales existantes. La commission commence à évoquer une procédure de ratification qui évite de saisir les parlements nationaux. Ce n’est pas acceptable, c’est scandaleux. Les Députés du Front de gauche vont utiliser leur niche parlementaire à l’Assemblée nationale le 22 mai pour proposer un projet de résolution demandant la transparence totale sur le mandat et exigeant la suspension immédiate des négociations. Nous voulons amplifier la campagne d’information et de révélation engagée. Il faut faire du vote du 25 mai un moment d’expression du refus de ce traité en votant pour les listes du Front de gauche pour élire des Députés européens qui s’y opposent. Les forces du Front de gauche sont celles qui ont engagé les premières le travail de révélation de ce scandale et de mobilisation.

La Marseillaise. Vincent Peillon et les candidats PS font campagne pour une Europe à gauche et assurent que si Martin Schulz était porté à la présidence de la commission européenne, il réorienterait l’Europe. Qu’en dites-vous ?

Pierre Laurent. La seule manière d’impulser une réorientation à gauche dans le Parlement européen, c’est de donner un poids nouveau aux Députés du Front de gauche qui, comme Marie-Christine Vergiat, mettent leurs votes en accord avec les intentions qui doivent être celles de la gauche. Martin Schulz est un social-démocrate allemand, l’un des artisans de la grande coalition avec Angela Merkel. La vérité, c’est que le PPE, le PSE, le PDE [respectivement groupements des partis de droite, socialistes et centristes, Ndlr] ont déjà annoncé qu’ils se réuniraient au lendemain des élections pour présenter une candidature unique à la présidence de la commission. Ils jouent actuellement une comédie électorale mais se retrouveront tous pour soutenir les traités et un même homme. La seule alternative de gauche, c’est la candidature d’Alexis Tsipras, leader de la gauche grecque que nous soutenons.

La Marseillaise. En tant que président du Parti de la gauche européenne (PGE), qui rassemble les partis communistes, progressistes et rouge-vert du continent, quelle vision avez-vous des campagnes dans les autres pays de l’Union ?

Pierre Laurent. La décision du PGE de présenter la candidature d’Alexis Tsipras a suscité un élan, une dynamique nouvelle, elle a donné à nos listes une visibilité accrue. En Italie, en Slovénie, de nouveaux Députés peuvent faire leur entrée au Parlement. Par ailleurs, les enquêtes d’opinion confirment que le Groupe de la Gauche unitaire européenne peut être le 3e groupe du Parlement européen, devenant ainsi une force politique incontournable sur la scène européenne. Aucune directive ne peut se passer de l’accord du Parlement européen, un renforcement de nos positions pèserait donc fortement sur les futurs débats.

La Marseillaise. Plus que l’extrême-droite ?

Pierre Laurent. Tout indique que notre poids au Parlement européen sera supérieur à celui des forces populistes et d’extrême-droite. Cela n’enlève rien au danger de ces listes comme en France avec l’influence grandissante du FN. La montée des populismes est la résultante du verrouillage libéral organisé et imposé par le PPE et le PSE. Le meilleur moyen de la combattre c’est d’ouvrir une voie nouvelle à gauche. La percée de nos listes partout en Europe serait le meilleur antidote à la montée du poison populiste et nationaliste.

La Marseillaise. Le Front de gauche a traversé une période de divisions, il est secoué par d’importants débats. Comment voyez-vous son avenir ?

Pierre Laurent. Le Front de gauche va uni à la bataille des élections européennes. Je me réjouis que l’accord signé permette la réélection de Marie-Christine Vergiat dans le Sud-Est. Les forces du Front de gauche lui avaient fait confiance en 2009 en ouvrant cette circonscription à une candidature citoyenne. Elle a depuis montré sur le terrain comme au Parlement européen qu’elle savait faire honneur à ce mandat. Après les élections européennes, le Front de gauche sera investi d’une nouvelle responsabilité. La politique conduite par François Hollande et Manuel Valls, qui tourne de manière ostensible le dos à la gauche, provoque une crise de confiance décuplée parmi les électeurs de gauche et les socialistes eux-mêmes. Il nous faut ouvrir une période de dialogue nouveau entre les forces du Front de gauche et les forces écologistes et socialistes qui ne se reconnaissent pas dans la politique actuellement menée. Le Front de gauche aura la responsabilité d’être la force d’animation d’un rassemblement ouvert très au-delà de ses frontières actuelles. Je souhaite qu’on débatte de façon approfondie et collective de cette ambition dès après les européennes.

Entretien réalisé par Léo Purguette (La Marseillaise, le 16 mai 2014)