PAUVRETE : La précarité énergétique


10 avril 2013

Mille personnes chaque jour sont privées d’électricité ou de gaz… D’hypothermie, un homme est mort. Qui veut savoir son nom  ? Qui connaissait sa détresse, ses souffrances, son passé de citoyen devenu simple martyr de la pauvreté  ? N’en doutez pas, beaucoup diront avec des phrases ciselées pour cacher l’ampleur du mépris que l’histoire de Jean-Baptiste Bessière, cinquante-deux ans, flirte avec un excès 
de naturalisme qui plaide mal la cause sociale.

Certains se paient de mots, d’autres subissent la crise et les hausses en tout genre jusqu’à l’indignité. Si les rois du charité business regardaient un peu la vérité des chiffres, 
ils sauraient que la simple protestation morale ne suffit plus. À mesure que la crise galope, précipitant 
des centai¬nes de milliers de Français dans la catégorie des « fin de droits », une autre forme d’exclusion progresse  : la précarité énergétique. Parfois elle tue. Quatre millions de Français se trouvent dans cette situation d’urgence absolue, c’est-à-dire 
qu’ils consacrent au moins 10% de leurs revenus 
à se chauffer ou à s’éclairer…

D’autres chiffres donnent le tournis. Les services du médiateur national 
de l’énergie ont en effet relevé, au cours de l’année 2012, pas moins de 580 000 coupures de gaz ou d’électricité, et 230 000 résiliations à l’initiative du fournisseur. Traduction  : mille personnes supplémentaires chaque jour sont privées d’électricité ou de gaz  ! En Normandie les fournisseurs avaient comme objectif 50 000 coupures. Dans le Calvados les fournisseurs ont demandé 18 000 coupures, les services techniques de ERDF ont programmé 12950 cela représente 1100 coupures par mois. Et la situation s’aggrave  : 10% de la population était concernée par 
cette précarité énergétique en 2009  ; 15% en 2012  ; 18,7% depuis le début de l’année… Notons que ces 
chiffres seraient bien supérieurs sans l’action des Robins des bois de la CGT énergie et des agents d’ERDF, qui, malgré les risques encourus, s’emploient à rétablir 
le courant ou le gaz chez les plus nécessiteux.

Ces résistants de l’ombre, veilleurs de conscience qui ne réclament ni médailles ni honneurs, savent, eux, que l’énergie devrait être considérée comme un produit de première nécessité, impliquant un service public de haut niveau. Être un citoyen parmi les citoyens implique l’accès à l’énergie, 
en tant que droit fondamental, individuel et social.

L’ambiance délétère au sein 
du gouvernement ne doit pas nous faire oublier l’essentiel, par exemple que l’épouvantable situation économique réclame bien d’autres décisions pour faire refluer le fléau de l’atomisation sociale, dont la rage actuelle emporte tout sur son passage. Il est urgent de sortir du dogme paralysant de la réduction des dépenses et de l’austérité ad vitam aeternam. La danse macabre des fauves de la finance se poursuit  ;
les dirigeants européens les accompagnent  ; les Chypriotes se préparent au pire.

De grâce, l’heure est grave 
et les Français souffrent. Ayons un peu le sens des priorités. En politique, l’amnésie n’a jamais été une amnistie. Qui osera dire un jour  : nous ne savions pas  ?

Didier Maurey Membre du bureau exécutif Responsable du secteur "Entreprises"