Nelson Mandela, au plus haut de l’humanité


12 décembre 2013

Nelson Mandela restera à jamais parmi nous car l’esprit Mandela est fait de courage, d’abnégation. Une vie toute entière placée sous le signe de l’engagement pour la justice et la liberté.

Sa sortie, le 11 février 1990, du bagne de Robben Island a produit une onde de joie planétaire. Son décès déclenche une unanime onde de tristesse et d’émotion. L’humanité sait à quel point elle perd une des plus belles parts d’elle-même, celle qui promeut l’égalité entre les hommes, la justice, la réconciliation nationale. Son combat l’a conduit à sacrifier autant que nécessaire sa propre liberté pour exiger et obtenir celle de tout un peuple qui porte aujourd’hui, plus que tout autre, le deuil.

Dès ses plus jeunes années, celui que les Sud-africains appelaient affectueusement Madiba, a résisté à l’autorité arbitraire. Celle d’un directeur d’université qui tentait de le désolidariser de ses camarades, celle de son père adoptif qui voulait le marier à une femme qu’il n’avait pas choisie, celle des autorités de son pays qui tentaient de l’empêcher de voyager en le privant de passeport et surtout celle du régime inique de l’Apartheid, qu’il dénonçait par ses mots devant ses juges lors de son procès de Pretoria en 1962 : « Je hais l’orgueil qui réserve la meilleure part à une minorité, et qui réduit la majorité à l’état d’esclavage, tout juste bonne à travailler et à vivre selon des règles imposées par cette minorité. (…) Quel que soit le verdict, la Cour peut être assurée qu’après avoir purgé ma peine je continuerai d’écouter la voix de ma conscience. Je serai toujours bouleversé par la haine raciale et je reprendrai la lutte contre ces injustices jusqu’à ce qu’elles soient définitivement abolies. »

Mandela a fait plus que tenir parole. Ayant été condamné à perpétuité, il a sans interruption poursuivi son combat, notamment avec la fameuse « université Mandela », au sein même du bagne de Robben Island. Sur cette ile-prison au large du Cap, il s’agissait pour le leader de l’ANC et ses compagnons de détention, malgré l’épuisement physique dû à l’extrême pénibilité du travail forcé dans les carrières de chaux et à la sous-alimentation, de « s’échapper » grâce à la lecture de textes, à la réflexion et à la mise en perspective des rares nouvelles du monde qui leur parvenaient.

Ainsi retrouvaient-ils cette inaliénable liberté dont seule la mort aurait pu les priver et avaient-ils la force de faire entendre leurs voix au delà des murs de leur prison, au-delà même des frontières de l’Afrique du Sud. Car les valeurs défendues par Mandela ont une telle portée universelle qu’elles ont trouvé une grande résonnance parmi les peuples du monde entier.

Nos journaux, l’Humanité et l’Humanité-Dimanche se sont engagés au coté de l’ANC dès les premières heures du combat contre le régime qui sévissait en Afrique du Sud. Au moment où flotte un certain brouillard médiatico-consensuel, il n’est pas inutile de se remémorer que nos journaux, le Parti communiste et d’autres forces de gauche étaient accusés de soutenir « un terroriste ». Dès le procès de Rivona (1963-1964) dont l’issue allait condamner Mandela au bagne à perpétuité, nos journaux furent parmi les premières voix à exiger sa libération et à dénoncer la terrible répression contre les noirs, qui atteignit son paroxysme lors des massacres de Soweto. En 1985, la fête de l’Humanité appuyait la campagne d’appel au boycott des produits d’Afrique du Sud avec un immense concert réunissant des artistes engagés tels Eddy Louiss, Salif Keïta, Manu Dibango, Max Roach et Bernard Lubat. Lors de son édition de 1988, la proposition d’attribuer le prix Nobel de la paix à Mandela, alors encore emprisonné, fut accueillie avec un grand enthousiasme et des acclamations de la foule. En 1989, les couleurs de l’A.N.C. s’affichaient partout dans la fête.

L’année suivante, ce fut l’explosion de joie lors de la libération de celui qui était alors le plus vieux prisonnier politique du monde. Le sourire bienveillant de cet homme aux cheveux grisonnants en ce 11 février 1990, restera gravé à jamais dans les mémoires. Il a alors 72 ans et, le poing levé, il s’apprête à prendre en main le destin de son pays. En devenant, le 27 avril 1994, à l’issue d’un scrutin multiracial, le premier président élu par l’ensemble du peuple sud-africain, il va devoir encore une fois exercer son libre arbitre pour contrer l’esprit de revanche de certains de ses proches. Avoir réussi à imposer dans son pays la réconciliation nationale et le vivre-ensemble, après tant d’années marquées par la ségrégation et la haine, n’est pas la moindre des victoires de Nelson Mandela. Lui qui, né en1918 à Mvezo, un petit village du centre du pays où il a d’ailleurs passé les dernières années de sa vie, avait reçu pour prénom originel Rolihlahla, « le fauteur de troubles » en langue xhosa. C’est à l’école primaire qu’on lui a attribué celui, anglais, de Nelson. Il ne cherchera pas à le changer, une fois l’Apartheid vaincu… peut être pour inscrire dans sa propre identité la volonté de réconciliation qui l’habitait.

Sa vie, ses combats sont un enseignement. On peut penser qu’en expédiant Nelson Mandela au bagne, l’Apartheid définissait ses propres limites. En enfermant, en repoussant l’humanité représentée par Nelson Mandela en dehors de lui-même, c’est lui-même et ses complices que l’Apartheid condamnait aux yeux de l’humanité toute entière. Celle-ci a été plus forte. Il aura résumé sa philosophie d’une puissante proclamation : « Quand j’ai franchi les porte de la prison, telle était ma mission : libérer à la fois l’opprimé et l’oppresseur* ». Le plus vieux prisonnier du monde est devenu le premier citoyen d’Afrique du sud démocratique. Ce jour là, c’est l’Afrique du Sud, qui est sortie de sa prison intérieure. Et avec elle une multitude de jeunes et de citoyens à travers le monde.

Jusqu’à son dernier souffle, Nelson Mandela sera resté fidèle à lui-même et aux idéaux de justice et de paix qu’il portait. Il y a quelques jours Ahmed Kathrada, 83 ans, un ancien prisonnier politique qui a passé 25 années de détention avec lui, rapportait que Mandela ne manquait pas d’humour en évoquant sa disparition : « Si je dois mourir et aller au ciel, la première chose que je demanderai, c’est le chemin pour la branche locale de l’ANC », avait-il confié à son ancien compagnon !

Mandela aura mis nombre de ses contemporains sur le « chemin » de la démocratie, de la liberté et de la tolérance. Notre journal lui restera fidèle en actes, en portant les valeurs et les combats de l’antiracisme, de la tolérance, des débats les plus approfondis pour dégager les voies et les moyens de faire société ensemble. Il le sera également en agissant contre tous les systèmes d’apartheid qui existent encore, notamment celui qui est actuellement appliqué au peuple Palestinien. Il le sera dans ce cadre pour libérer les prisonniers politiques palestiniens, à commencer par le député Marwan Barghouti.

Merci Nelson Mandela, toi qui nous porte… au plus haut de l’humanité. * dans « Un long chemin vers la liberté » Mémoire de Nelson Mandela

Patrick Le Hyaric