Mobilisons-nous : Antilles, le mépris ça suffit !

Guadeloupe. Manifeste pour les « produits » de haute nécessité

PAR ERNEST BRELEUR, PATRICK CHAMOISEAU, SERGE DOMI, GERARD DELVER, ÉDOUARD GLISSANT, GUILLAUME PIGEARD DE GURBERT, OLIVIER PORTECOP, OLIVIER PULVAR, JEAN-CLAUDE WILLIAM.


23 février 2009

Au moment où le gouvernement français s’acharne à durcir le conflit qui l’oppose à l’ensemble de la population guadeloupéenne, unie comme jamais autour de revendications dont la légitimité est incontestable, des grandes voix élèvent le débat. Écrivains, enseignants, philosophes, plasticiens, sociologues, ils parlent aujourd’hui d’une seule et même voix, partageant la même vision de l’avenir pour les peuples des Antilles, de Guyane et de la Réunion. Bien que des milliers de kilomètres les séparent, entre la Caraïbe, la forêt amazonienne et le golfe du Mozambique, ces « petits pays » partagent une longue et douloureuse histoire commune : ils furent pendant trois siècles terres d’esclavage d’êtres humains déportés d’Afrique. Aujourd’hui, ces peuples souffrent du capitalisme en crise et partagent avec les travailleurs de la France hexagonale le fait de subir les mêmes coups de la droite et de devoir résister à la politique de Nicolas Sarkozy. La vision des auteurs du manifeste part d’un diagnostic radical. Ils dénoncent « une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique ». Ils lancent un appel à l’émancipation plaidant pour un mouvement qui fasse fleurir une vision politique, une force politique de renouvellement dans une perspective postcapitaliste. « Petits pays au coeur nouveau du monde » capables de mettre en oeuvre l’épanouissement humain, comme une contribution à l’avenir du tout-monde.

Jean-Paul Piérot

MANIFESTE

« Au moment où le maître, le colonisateur proclament “il n’y a jamais eu de peuple ici”, le peuple qui manque est un devenir, il s’invente, dans les bidonvilles et les camps, ou bien dans les ghettos, dans de nouvelles conditions de lutte auxquelles un art nécessairement politique doit contribuer. »

Gilles Deleuze, L’Image-Temps

« Cela ne peut signifier qu’une chose : non pas qu’il n’y ait pas de route pour en sortir, mais que l’heure est venue d’abandonner toutes les vieilles routes. »

Aimé Césaire, Lettre à Maurice Thorez