MARGUERITE Biographie de Marguerite Buffard-Flavien (1912-1944) par Christian Langeois

Préface Odette Niles

Marguerite Buffard-Flavien, née dans le Jura en 1912, élève de l’École normale supérieure de Sèvres, devient professeur de philosophie, et s’engage en 1934 dans le combat antifasciste.

A Caen, elle enseigne au lycée de jeunes filles rue Pasteur. Elle entre dans la vie politique du Calvados en 1937, accueille les réfugiés espagnols. Poursuit son combat antifasciste.

Mutée d’office à Troyes, restée fidèle au parti communiste, elle est révoquée en décembre 1939. Elle travaille ensuite comme ouvrière dans une bonneterie puis, exclue du PCF, isolée, rejoint à Voué la ferme de la famille de son mari. Internée en 1942 au camp de femmes de Monts, près de Tours, elle participe à l’une des rares révoltes contre la mauvaise nourriture. Transférée de ce fait à Mérignac, près de Bordeaux, elle s’évade en décembre 1943 et rejoint la Résistance à Lyon.

Agent de renseignement à l’inter-région FTP, dénoncée, elle est arrêtée par la Milice le 10 juin 1944. Le 13 juin, vraisemblablement par crainte de parler sous la torture, elle se défenestre du troisième étage du siège de la Milice, rue Sainte-Hélène. Elle meurt le jour même sans avoir parlé.

Rapidement, après quelques hommages, elle disparaît de la mémoire collective. Une plaque est apposée rue Sainte-Hélène à Lyon, avec la mention erronée « Assassinée par la gestapo ».

Christian Langeois reconstitue cette vie brisée sur la base d’archives, d’une riche correspondance, en particulier avec son mari prisonnier en Allemagne, de quelques témoignages. Il restitue la figure d’une femme d’exception pleinement engagée dans la vie au nom d’un idéal humaniste.

Christian Langeois est syndicaliste, il conduit des recherches en histoire sociale. Il habite à Caen. Marguerite est son premier ouvrage.

Collection « Documents » 396 pages (14x22) – 18 €

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20 novembre 2009

Notes de l’auteur

L’ouvrage « Marguerite », biographie de Marguerite Buffard-Flavien 1912-1944, édité au cherche midi.

Ce travail, sur la base essentielle d’archives, de correspondance privée et de quelques témoignages, évoque la vie de Marguerite Buffard-Flavien, professeur de philosophie au lycée de jeunes filles de Caen, secrétaire de la région communiste du Calvados en 1938 Marguerite FLAVIEN est née BUFFARD en juin 1912 dans un petit village du Haut Jura, Gillois, où ses parents sont instituteurs laïques.

Au lycée de Lons le Saunier, elle découvre la philosophie avec Jean Lacroix alors jeune professeur.

En 1932 elle est reçue à l’Ecole Normale Supérieure de Jeunes Filles de Sèvres.

Elle y trouve le goût du débat, de l’action collective, de l’engagement dans des actions de défense des intérêts des normaliens. Elle anime un groupe Esprit puis, en 1934, rejoint le Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes. Son titre de cacique, major de la promotion lui vaut d’être la déléguée de ses camarades pour la remise d’une motion de protestation au ministère de l’intérieur.

En 1935 elle est nommée à son premier poste de professeur de philosophie au lycée Colmar. Elle y côtoie le monde des ouvriers Alsaciens, s’engage activement au Parti Communiste Français, rédige des articles pour l’Humanité Strasbourg.

A la rentrée de 1937, en octobre, elle est nommée au lycée de jeunes filles de Caen. Bien que peu expérimentée elle-même, fin 1937, elle succède à Gaston Gandon à la tête de la région communiste du Calvados. Elle anime le groupe de jeunes militants communiste, dirige énergiquement, avec succès une fédération qui compte alors 1300 adhérents, répartis en 38 cellules locales et 8 cellules d’entreprises. Elle accueille chez elle des refugiées espagnoles républicaines. Elle écrit de nombreux articles dans « le Calvados », journal de la région communiste.

Son activité inquiète le préfet qui, s’il lui reconnaît "un certain talent de parole" et juge ses discours "clairs et humoristiques", « excellent professeur », écrit néanmoins à son sujet au ministre de l’Intérieur : "C’est un élément extrêmement convaincu et actif. Il est incontestable que depuis son arrivée dans le Calvados, elle a donné un élan véritable au développement de la SFIC. Elle essaie de continuer une agitation que j’estime nuisible. Il convient d’envisager pour elle un déplacement d’office, sa présence dans le Calvados étant absolument inacceptable".

A l’automne 1938, Marguerite Buffard multiple les interventions dans des meetings pour fustiger les accords de Munich. A la suite de l’échec de la grève du 30 novembre, la répression est ferme. Plusieurs ouvriers de la SMN sont lock-outés, et dans la fonction publique, quelques mutations contraintes ont lieu, c’est le cas de Marguerite Buffard l’une des instigatrices de la grève dans le Calvados qui doit quitter le département en décembre 1938. Le caractère anticommuniste de cette décision est établi, car l’institutrice Marie Langlois, gréviste par sens de la discipline mais favorable à la politique extérieure de Daladier n’est pas inquiétée. Cette grève marque de fait la fin du Front Populaire dont le comité départemental du Calvados est dissous officiellement en Mars 1939.

Marguerite Buffard est d’abord suspendue puis sur ordre du ministère est déplacée d’office, puis en attente d’affectation, sans traitement pendant quelques jours. Sa révocation définitive de l’Instruction publique évitée, elle est nommée à Grenoble. Pour dépanner une collègue dans l’embarras, elle accepte de permuter avec un poste au Lycée de Troyes.

Début 1939, elle est à Troyes, professeur de philosophie. En août elle épouse Jean FLAVIEN, jeune cultivateur, responsable de la région communiste. Deux semaines après le mariage Jean est mobilisé. Le 15 décembre 1939, en application du décret Daladier, communiste, Marguerite est à nouveau suspendue de son poste de professeur au lycée. Elle s’engage comme ouvrière dans une bonneterie. Début janvier 1940, exclue du parti communiste pour « sectarisme tendance trotskiste, ultra gauchisme » elle va remplacer les bras manquants à la ferme familiale à Voué près de Troyes.

En mai 1940 elle est incarcérée à Dijon, libérée dans la débâcle de juin. Puis ce ne sont que perquisitions, tracasseries de toutes natures. A Troyes, où il est assigné à résidence, elle reprend contact avec Paul Langevin, connu à l’Ecole Normale supérieure de Sèvres. Les grandes vagues d’arrestations de communistes de 1942 ne l’épargnent pas. En octobre, elle est internée au camp de La Lande, y est regroupée avec des dizaines de « politiques » : toutes des femmes qui mènent la vie dure à la direction du camp, n’hésitent pas à manifester, malgré les risques, leur mécontentement devant l’insuffisance et la qualité de la nourriture.

Les « meneuses », dont Marguerite, sont transférées au camp de Mérignac près de Bordeaux le 29 aout 1943. C’est un lieu de départ pour la déportation. Elle s’en évade avec Jeannette Brunschwig le 16 décembre 1943.

Elle gagne Paris et entre alors en clandestinité. Elle rejoint en mars les FTP de la région lyonnaise, où elle serait devenue responsable interrégional du Service B. Elle est prise par la milice le 10 juin 1944. Selon Louis Goudard, témoin au procès de Paul Touvier, dont elle est la responsable directe « sa chute constitue une perte terrible, chargée de recueillir le maximum d’informations, elle prépare les actions des groupes, rédige des comptes rendus sur l’état de l’opinion, sur le rapport de forces en ville, elle établit les listes des sympathisants et des collaborateurs, des miliciens, elle centralise les plans d’usines, les horaires de trains. Elle porte de lourds secrets puisqu’elle transmet des directives ».

Marguerite FLAVIEN, ne peut donc courir le risque, sous la torture, de livrer des renseignements fatals à ses camarades, à son combat. Elle choisit de se défenestrer du niveau du 3e étage des locaux de la milice 10, rue Sainte Hélène à Lyon le 13 juin 1944. Elle est transférée à l’hôpital Georges Herriot où elle meurt à 32 ans.

En 1945, sur une démarche de sa belle mère, madame Flavien, elle est réintégrée dans le Parti Communiste Français « du fait de son attitude héroïque durant la résistance ».

Ses amis de Troyes, ses camarades de Lyon lui rendent hommage, puis rapidement, elle disparait de la mémoire collective. En 2009, la plaque qui lui rend hommage sur le lieu de sa mort porte encore la mention erronée « assassinée par la gestapo »

Dans le Calvados, hors les historiens, Jean Quellien, Bertrand Hamelin, Thomas Fontaine, nul ne se souvient qu’avant la 2e guerre mondiale, deux femmes avaient été secrétaire départementale, Lucie Colliard et Marguerite Buffard. Il faudra atteindre plus de quarante ans pour que cela se reproduise avec l’élection de Marie-Jeanne Gobert.

Comme l’écrit l’historien Roger Bourderon dans sa postface, " le grand intérêt de cet ouvrage est de placer le lecteur au cœur du militantisme communiste des années 1930-1940 et de ses contradictions, ce militantisme où se mêlent une abnégation totale et une fidélité qui va jusqu’à l’aveuglement, la foi en un avenir meilleur, voir radieux, et des pratiques en contradiction flagrante avec les grands objectifs d’égalité sociale revendiqués et sincèrement vécus par l’immense majorité des membres du Parti, qu’ils soient simples militants ou membres de l’appareil dirigeant. "

Christian Langeois