Loi / amnistie : « Le 27 février au Sénat, l'amnistie doit être votée par toute la gauche »

édito

Amnistie sociale !


Quel calcul tortueux a pu pousser des sénateurs de gauche à rejeter la proposition de loi « amnistie sociale » proposée par le groupe communiste, républicain et citoyen (CRC) ? N’auraient-ils pas dû s’insurger contre les procédures qui criminalisent l’action revendicative, se porter spontané¬ment aux côtés des citoyens qui défendent leur emploi, leur école, leur hôpital, leur ligne de chemin de fer, leur voisin immigré, leur retraite et qui sont traités comme des délinquants ou des criminels ? Ont-ils été effrayés par la mystification du ministre de l’Intérieur annonçant des violences sociales ? La présence policière massive autour des manifestations de salariés ces derniers jours leur a-t-elle fait oublier l’image de ce jeune ouvrier en CDD d’Arcelor Mittal en Belgique, le visage ensanglanté, l’œil crevé par un tir policier ? L’agitation des peurs à l’égard des mouvements sociaux n’honore pas Manuel Valls, qui s’obstine à préférer Clemenceau qui pratiqua de féroces répressions sociales plutôt que Jaurès qui mettait son intelligence et son courage au service des verriers de Carmaux, des viticulteurs du Midi ou des mineurs de Montceau-les-Mines. Il devrait méditer cet avertissement d’Albert Camus dans Les Justes : « On commence par vouloir la justice et on finit par organiser une police »…

Il est pourtant facile de discerner d’où venait la violence alors qu’un chômeur en fin de droits s’immole par le feu à Nantes, devant l’agence de Pôle emploi où son dossier d’allocation a été rejeté. On cherchera – et on trouvera – les faiblesses qui ont pu conduire à ce geste. Mais de quel côté se situent la cruauté et l’inhumanité ? Certains commentateurs, toujours prompts à présenter un jet d’œuf sur un PDG comme une atteinte à l’ordre, devraient se pencher un peu sur les tragédies sociales. Quant aux députés et aux sénateurs socialistes, PRG, EELV, ils ne peuvent se laisser « toucher par l’éternel sophisme qui, au nom de la liberté, consacre la perpétuité de la misère et destitue de tout droit les travailleurs épuisés par une vie de labeur », selon la formule du fondateur de l’Humanité.

Les parlementaires qui se sont fourvoyés ont l’occasion de se reprendre dans quelques jours. Le 27 février, cette proposition de loi pourra être votée en séance, de sorte que les travailleurs condamnés dans leur militantisme soient rétablis dans leurs droits. En appuyant ce texte, Christiane Taubira mettrait son crédit tout neuf, gagné de haute lutte dans la discussion du mariage pour tous, au service d’une cause qui a toujours séparé la gauche et la droite. « Cela constituerait enfin un premier signe positif en leur direction », estiment les sénateurs CRC. Un premier pas que bien d’autres pourraient suivre