Le bilan d'une présidence

15.12.08 "Historique" ! Nicolas Sarkozy, en venant rendre compte du dernier Sommet des Chefs d’Etat de l’Union européenne, au parlement de Strasbourg, ce mardi, a, dans le même mouvement, adressé le bilan de la présidence française, c’est à dire, avant tout, son bilan personnel. Et là, nul doute : le président français est satisfait du futur ex-"Président de l’Europe". Plus objectivement, que peut-on en dire ?


2 janvier 2009

15.12.08 "Historique" ! Nicolas Sarkozy, en venant rendre compte du dernier Sommet des Chefs d’Etat de l’Union européenne, au parlement de Strasbourg, ce mardi, a, dans le même mouvement, adressé le bilan de la présidence française, c’est à dire, avant tout, son bilan personnel. Et là, nul doute : le président français est satisfait du futur ex-"Président de l’Europe". Plus objectivement, que peut-on en dire ?

Incontestablement, à la fois du fait de la gravité des évènements intervenus durant ce semestre, et en raison du volontarisme du locataire actuel de l’Elysée, la présidence française restera comme une période de politisation du débat européen. En soi, c’est une bonne chose, que nous appelons d’ailleurs en permanence de nos vœux. Malheureusement, si Nicolas Sarkozy sait et aime affirmer clairement, sinon brutalement, son point de vue, il apprécie moins que ses interlocuteurs contestent ses idées, surtout quand cela égratigne les lauriers qu’il se tresse si généreusement. Désolé.

Examinons d’abord ce qu’il est advenu des "quatre priorités" que la présidence française s’était elle-même fixées pour ce semestre. La politique agricole, d’abord : le compromis -d’ailleurs extrêmement critiquable- présenté par Paris à ses partenaires n’a pas été accepté. Les producteurs laitiers, les éleveurs, les petits et moyens paysans en général étaient particulièrement pénalisés dans ce projet. Le dossier reste donc ouvert en vue de la réforme de la PAC d’ici 2013.

L’immigration, ensuite : il n’y a pas de quoi pavoiser au sujet du "pacte" de M. Hortefeux , dans la lignée de la "directive de la honte" -qui permet de garder en "rétention" pendant... 18 mois ( !) des migrants, y compris mineurs, pour une simple question d’irrégularité administrative !

Concernant la défense européenne, Bernard Kouchner évoque avec emphase et fierté la "première opération navale de l’UE" lancée... à l’occasion du dixième anniversaire du sommet de 1998" (à Saint-Malo où Français et Britanniques se sont entendus sur le principe d’une politique européenne de défense "en complément à l’OTAN", rappelle le ministre des affaires étrangères). Les pirates du golfe d’Aden sont ainsi vus comme une véritable aubaine pour légitimer cette mission en guise de cadeau d’anniversaire... Et le ministre de rappeler que "la France a utilisé la présidence de l’UE pour donner une nouvelle impulsion à ces efforts (...) Aujourd’hui, l’OTAN et l’UE travaillent côte à côte en Afghanistan et dans les Balkans". A chacun ses ambitions !

Le climat, enfin. L’enjeu est énorme et il aurait été extrêmement dommageable que les "27" ne trouvent pas d’accord à ce stade. Un accord existe, mais au prix de telles concessions -90% des entreprises seraient exonérées de toute contrainte écologique !- qu’il n’y a pas lieu de sauter au plafond, d’autant que, pendant ce temps, le phénomène de réchauffement s’aggrave encore, selon les scientifiques.

Reste une "priorité" non prévue : la crise ! Peut-on vraiment sabrer le champagne pour le seul fait que l’Union européenne a son "plan de relance" pour les banques et les entreprises, alors que la consommation des ménages plonge, que les plans de suppression d’emplois déferlent et que l’angoisse sociale est à son comble -voir la Grèce...- ? Et par dessus tout, le Conseil européen remet le couvert avec le traité de Lisbonne, en Irlande, ce qui est une façon non seulement de nier la souveraineté populaire, mais de réaffirmer la validité d’un modèle libéral qui vole en éclats sous nos yeux !

Oui décidément, on peut rêver d’un meilleur bilan pour une présidence française de l’Europe !

Françis Wurts - Député Européen PCF Groupe Gauche Unitaire Européenne/ Gauche verte Nordine GUE/NGL