LA GRECE

Histoire de la coalition de gauche qui monte


21 mai 2012

GRÈCE histoire de la coalition de gauche qui monte

Les résultats définitifs publiés par le ministère de l’Intérieur grec sont sans appel.

La coalition de gauche, Syriza, arrive en deuxième position de ces élections. C’est cette alliance regroupant différents partis de la gauche radicale et dont la principale composante est Synaspimos, qui a le plus progressé. Son leader, Alexis Tsipras, a réussi ce coup de maître : donner à la gau¬che son meilleur score depuis la chute des Colonels en 1974, et la deuxième place qu’elle n’avait pas obtenue depuis 1958. Ce faisant, Syriza a bousculé le monopole du pouvoir qu’avaient ND (droite) et le Pasok.

Pour y parvenir, Alexis Tsipras, âgé d’à peine 38 ans, et benjamin de la vie politi¬que grecque, a d’abord réussi à surmonter une autre épreuve : mettre d’accord les formations qui composent Syriza sur un programme viable. Alors que de nouvelles mesures d’austérité sont prévues dès juin, il a eu, pendant la campagne, un discours clair : refus des politiques menées et des mémorandums, annulation de la dette, réforme des statuts de la Banque centrale européenne… Autant de thèmes qui ont rencontré un écho dans les oreilles de Grecs subissant, depuis plus de deux ans, l’austérité et ses conséquences : baisse des salaires, des pensions, des minima sociaux, privatisations, casse des services publics… Ces thèmes, Tsipras les a décor¬tiqués lors de son avant-dernier meeting, à Athènes, le 3 mai. Ce soir-là, il était aux côtés du résistant Manolis Glezos, héros national pour avoir décroché le drapeau nazi de l’Acropole, refusé les Colonels, décrié l’austérité. Ce soir-là, Syriza, d’un seul coup, donnait à voir un concentré de son histoire.

Les origines de Syriza remontent à 2001. Un groupe, Espace de dialogue pour l’unité et l’action commune de la gauche, est créé pour débattre de questions qui hantent l’actualité grecque, notamment la guerre au Kosovo et les privatisations. L’année suivante, pour les élections loca¬les, des coalitions furent formées qui repo¬saient sur cet Espace. Manolis Glezos en était un membre actif. C’est en 2004, à l’occasion des législatives, qu’est officiel¬lement né Syriza à partir d’un programme qui a servi de base à l’alliance électorale. Les partis fondateurs de cette alliance sont, pour la plupart, d’anciens courants du KKE, le Parti communiste grec, qu’ils ont quitté pour des raisons de désaccords idéologiques telle que la question euro¬péenne : le Synaspismos, la Gauche du renouveau écologique et communiste (AKOA), la Gauche ouvrière internationa¬liste (DEA), le Mouvement de la gauche unifiée dans l’action (KEDA) (une scis¬sion du KKE), les Citoyens actifs (une organisation proche de Manolis Glezos).

Lors des élections suivantes (législatives de 2007, européennes de 2009, législati¬ves de 2009), Syriza s’est implanté dura¬blement dans le paysage politique grec et différentes autres formations de gauche l’ont rejoint comme KOE, un mouvement communiste et Intervention écologique. Avec 16,78% des voix, et 52 sièges à la Vouli, Syriza franchit un stade supplé-mentaire aux législatives de 2012. D’une force d’opposition de gauche, Syriza pour¬rait être appelé au gouvernement. Dans les meetings, une chanson était diffusée… en français. Laquelle ? « On lâche rien ».

Syriza, face à l’austérité, ne lâche rien non plus. « Il ne peut pas y avoir un gouverne¬ment de salut national avec la droite qui a signé des mesures de rigueur [...], que le peuple a rejetées » lors du scrutin du 6 mai, a déclaré M. Tsipras à l’issue d’un entretien avec Antonis Samaras, chef de la Nouvelle démocratie, premier du scrutin avec 18,85% des suffrages, mais sans majorité.

Alexis Tsipras ne lâche rien, non plus, dans sa démarche pour stopper l’austérité. Il a assuré qu’il était lui-même prêt à cher¬cher une alliance gouvernementale avec les « pouvoirs de gauche » anti-rigueur.