Intervention de Marie-Jeanne GOBERT Conseil Municipal de Caen le 30 mars 2015


3 avril 2015

Débat de politique générale –Caen - Intervention de Marie-Jeanne GOBERT

Conseil Municipal du 30 mars 2015

Nos débats du conseil municipal de ce soir, au lendemain des élections départementales, sont nécessairement marqués par les résultats et les enseignements du scrutin. Comme élue et comme citoyenne je veux dire ma très grande inquiétude.

La tendance du premier tour est confirmée : l’abstention reste majoritaire, exprimant non pas le désintérêt envers la chose publique, mais la défiance et une colère sourde de milliers de femmes et d’hommes confrontés à des situations de vie dégradée et précarisée, à l’absence d’espoir d’un avenir sûr et serein pour eux et pour leurs enfants.

La droite l’emporte largement, dans le pays, moins par adhésion que par absence de perspective. Le FN, même s’il ne réussit pas le pari de prendre la direction de départements, ce dont tout républicain doit se féliciter, conjugue présence et scores élevés – voire très élevés – dans de nombreux cantons.

La gauche, elle, enregistre des reculs et des pertes sévères, voire historiques dans certaines régions. A la veille de la fusion, les cinq départements de la Haute et de la Basse Normandie sont désormais tous à droite, annonçant des élections régionales à haut risque pour l’avenir de nos territoires en termes de développement, d’égalité et de justice sociale.

Il serait dangereux de se ranger derrière l’idée qu’il s’agit de cycles politiques passagers, de ne pas affronter la réalité et de faire l’impasse sur les causes profondes de la situation.

Les choix politiques mis en œuvre depuis des décennies, repris pour l’essentiel par le gouvernement actuel, ont produit du chômage, installé la précarité, amplifié les difficultés d’accès au logement, à la santé, et dégradé le cadre de vie. Ils ont été lourdement sanctionnés.

Après les sévères avertissements des élections municipales et européennes, les électeurs ont confirmé leurs votes et leur attente d’être entendus. Ils attendent des solutions concrètes pour garantir et améliorer leur vie quotidienne et pour le redressement du pays. La gauche est au pied du mur, et doit entendre le message. C’est un débat qui nous concerne tous mais qui, avant tout, interpelle le président de la République et son gouvernement.

Non il ne peut s’agir de confirmer les orientations actuelles, comme l’a déclaré le Premier Ministre hier soir. Il est impératif de prendre enfin des mesures en faveur de l’emploi, du pouvoir d’achat, de la modernisation des services publics, des mesures pour garantir des ressources aux collectivités locales, socles indispensables pour la relance de l’économie et pour assurer une égalité d’accès aux droits les plus fondamentaux.

Caen : premier avertissement à la droite

Concernant notre ville, et le climat dans lequel ces élections se sont déroulées, ce soir, très sincèrement, je ne sais pas si je m’adresse au Maire de Caen ou au dirigeant départemental de l’UMP. Votre implication dans cette campagne a été telle que je me permets quelques constats : vous êtes élu depuis à peine un an, et le premier rappel à l’ordre, la première sanction, sont au rendez-vous. Fort du résultat des municipales, vous êtes arrivé en conquérant et vous aviez affiché l’ambition de gagner les cinq cantons. Or, sur Caen intramuros, entre le premier tour des Municipales et le premier tour des Départementales, votre majorité perd 12% et 6.059 voix. Quand à la gauche dans son ensemble, elle progresse de 5,2% avec des scores encourageants sur tous les cantons pour les candidats rassemblés dans les listes Front de Gauche et Citoyennes, particulièrement avec les candidats de rassemblement du Parti Communiste Français sur la Rive Droite. Je me réjouis qu’aucun candidat du Front National ne se soit qualifié pour le second tour. Pour autant, comme au niveau national, comment ne pas s’alarmer de sa progression, 7% sur la ville. Ce résultat est très préoccupant. Il est lourd de danger pour les valeurs de la République. A Caen, comme partout en France, cette poussée est alimentée par le sentiment de ne pas être entendu, par la différence de niveaux de vie entre la grande majorité de nos citoyens, les difficultés des PME PMI, des artisans, et à l’opposé, l’accaparement des richesses par quelques grands groupes avec l’aval de Bruxelles et du gouvernement. Dans un contexte où la droite progresse considérablement, votre résultat en recul au premier tour mais aussi au second (-7%), est d’autant plus révélateur de votre échec. Il redonne confiance à celles et ceux qui, sur la Ville, ont au cœur la justice sociale, la lutte contre les inégalités et la démocratie.

Dans cette campagne, vous n’avez pas hésité à vous impliquer sans retenue. La lettre que vous avez distribuée aux caennais entre les deux tours est choquante et condamnable. Ainsi vous n’hésitez pas à user de votre mandat de maire au service de visées partisanes. Il y a beaucoup à dire sur la forme et le contenu. Mais je m’en tiendrais à trois remarques.

* Premièrement, de façon surprenante, elle ne comporte aucune signature, aucun logo. Vous jouez sur l’ambiguïté, vous entretenez la confusion, ce qui m’a fait dire en préambule que « je ne sais si je m’adresse au maire ou au politique ».

* Deuxièmement, dans cette page, vous ne faites aucune référence au Front National, vous n’exprimez aucune émotion devant son résultat, vous faites silence sur le caractère xénophobe, raciste de ce parti qui vient de voter au Parlement Européen contre un texte défendant l’égalité homme - femme. Ce silence est plus que troublant. Il doit alerter. Ceux qui ont libéré la France, débarqué sur nos côtes au prix de leurs vies, pour la paix et la liberté, sont en droit d’attendre de nous, et en particulier du Maire de notre ville de Caen, un engagement clair et sans ambiguïté pour dénoncer le péril.

* Troisièmement, pourquoi n’avez-vous pas déployé la même énergie, le même niveau d’implication, de communication, pour expliquer, orienter, aider, inciter les électeurs à se rendre aux urnes ? Pourquoi ne vous êtes-vous pas saisi à temps du retour massif des cartes électorales non distribuées ? Pourquoi ne pas avoir pris des mesures exceptionnelles pour compenser ce déficit d’acheminement ? A trop vous mêler de la campagne de vos candidats, vous avez délaissé votre rôle de maire, votre responsabilité de premier magistrat. Vous avez mélangé les genres. Vous qui vous déclarez contre le cumul et dénoncez les attitudes partisanes, vous en avez largement usé et abusé. Dans cette affaire, c’est le civisme et l’éducation au civisme, qui sont atteints. Oui je trouve dans ce moment de la vie de notre ville de profondes raisons d’inquiétude. Mais aussi de sérieuses raisons de poursuivre l’engagement pour le rassemblement et redonner espoir.