EDITO : Refonder la République


15 avril 2013

Aucun petit rafistolage ne permettra de faire face aux violentes convulsions que provoque ce qui est désormais appelé « l’affaire Cahuzac ». Aucun discours moralisateur, aucune loi, aucune promesse présidentielle répétée durant les campagnes électorales n’ont ralenti l’apparition de multiples scandales politico-financiers.

Au-delà de l’ignoble comportement personnel de l’ancien ministre, il est clair qu’un système a permis qu’il vienne s’ajouter à beaucoup trop d’autres. Depuis des années, les puissants, arrogants, dominateurs et méprisants vis-à-vis des gens de peu, du haut de leur compétence prétendument indiscutable, détricotent fil après fil les droits économiques et sociaux au nom d’une pensée et d’une politique uniques. Cela ne vise qu’un objectif  : satisfaire les appétits de l’argent roi. Quand ils nous vantent les bienfaits de la « liberté totale de circulation du capital et des marchandises », ils savent que plus de la moitié de la valeur de ce commerce passe par ces sociétés financières installées dans les paradis fiscaux. Quand le gouvernement rabote les dépenses publiques et sociales, il n’est pas sans savoir que de rapatrier la valeur annuelle de la fraude fiscale, permettrait de supprimer le déficit budgétaire.

Dans un tel climat, le gouvernement devrait prendre l’initiative de suspendre le débat sur l’accord « flexibilité du travail » et consacrer le temps nécessaire à une discussion associant nos concitoyens sur l’état de la République. Sur ce sujet comme sur les autres en faisant croire que cela irait mieux si les travailleurs avaient moins de droits, le gouvernement ment effrontément. Une nouvelle fois, ce n’est pas le travail qui est sécurisé, ce sont les profits à venir. Le dénoncer est l’exact contraire d’un populisme brandi désormais comme un ultime bouclier par tous ceux qui entendent, d’une manière ou d’une autre, défendre un système à bout de souffle.

L’engagement contre la politique d’austérité et de chômage et pour une nouvelle démocratie ne font donc qu’un. Toutes celles et tous ceux qui ont voulu chasser M. Sarkozy du pouvoir peuvent à nouveau aujourd’hui se rassembler dans un large mouvement contre la dictature des puissances financières et pour une ¬autre République au service de l’intérêt général.

C’est le sens de la proposition du Front de gauche de lancer un processus constituant de refondation pour une véritable République sociale et démocratique. Énoncer ce seul objectif constituerait déjà une rupture. Il ne concerne pas qu’une fraction de la gauche ou une fraction du pays, mais bien l’immense majorité du peuple qui, plus ou moins confusément, ressent cet irrépressible besoin de changement démocratique et progressiste. La marche citoyenne du 5 mai doit être la plus unitaire, populaire et ouverte possible pour prétendre être un point de départ de la réappropriation souveraine par les citoyens de leur République nouvelle à construire.

Préparons-la sans attendre  ! Notre pays a tant besoin d’un souffle nouveau.