EDITO

Senat : ce qui était blanc devient noir ?


11 décembre 2012

Ce qui était juste et bon pour les sénateurs socialistes avant les élections présidentielles et législatives ne l’est plus. Ils sont en passe de rejeter désormais les amendements qu’ils avaient eux-mêmes proposés avec le Front de gauche, quand la droite était au pouvoir. Il ne s’agit pas là de chipotages et de bouts de ficelle. L’ensemble des mesures de ce contre-budget porte sur trente milliards  ! C’est précisément le montant des économies que le gouvernement est censé faire dans le prochain budget.

Peu importent les mots qui viennent pour qualifier le fait. La réalité, c’est que la gauche qui gouverne passe délibérément à côté d’une occasion historique de mettre en œuvre une vraie politique de gauche telle qu’elle l’appelait elle-même de ses vœux et telle qu’elle semblait la concevoir dans une co-élaboration avec ses partenaires. Elle perd une occasion de s’appuyer sur ceux qui l’ont élue et de retrouver leur confiance en répondant à une partie de leurs attentes.

On le sait, cette conversion qui fait que ce qui était blanc devient noir et inversement va rencontrer l’approbation de tous ceux, commentateurs, politiques et milieux patronaux, qui sommaient François Hollande et son gouvernement de se rendre enfin au « réalisme économique ».

On a compris tout autant que nombre d’entre eux trouveront que ce n’est pas encore assez, comme ils trouvent insuffisant le pacte de compétitivité et comme ils trouvent toujours trop pesant le modèle social français, qu’ils veulent à tout prix voir disparaitre.

Ainsi, nous expliquait sur France Inter Nicolas Beytout, ancien directeur du Figaro et ancien directeur puis PDG du groupe Les Échos, « la dégradation par l’agence de notation Moody’s de la note de la France, la semaine passée, signifie qu’elle doit faire plus, et notamment en réformant son marché du travail comme sa protection sociale ».

Signe des temps  : aucun journaliste de l’Humanité n’a une chronique sur France Inter, ni même n’y est invité régulièrement. Nicolas Beytout a une chronique hebdomadaire. C’est un expert bien sûr, puisqu’il a dirigé aussi bien le journal de Serge Dassault que le groupe de presse de Bernard Arnault  ! Evoquant la perte du triple A, il disait ceci à propos des négociations sociales à venir entre le patronat et les syndicats  : « Désormais ce genre de réformes se conduira sous le regard d’un juge totalement insensible à l’opinion publique du pays et aux problèmes politiques du gouvernement ». Ce juge, c’est « les agences de notation et les marchés ». On ne saurait mieux dire, à cela près que, pour Nicolas Beytout, cela ne semble pas poser de problème, c’est simplement la nouvelle donne. La démocratie, les élections, les choix politiques  ? Caduques.

Le problème c’est qu’il n’est pas le seul à le penser et que c’est bien sur les marchés que François Hollande et son gouvernement semblent dorénavant régler leur politique. Mais l’autre versant du problème, c’est que ce sont les marchés qui mènent les peuples d’Europe dans le mur.

Quel signe ce serait pourtant, quel levier du changement, maintenant, en France et en Europe, si ceux que la gauche a élus écoutaient la gauche  !