EDITO

Les choix du PCF, du Front de gauche : Pour une gauche pleinement à gauche


12 novembre 2012

On n’entend plus que le battement sourd de la grosse caisse. Du très droitier Philippe Mariani au très social-libéral journal Libération, il s’agit de marteler que les députés communistes auraient basculé dans l’opposition au côté de la droite.

Si les sénateurs communistes ont voté contre la loi de programmation budgétaire, c’est qu’elle doit tout à Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, qu’elle dessine pour seul horizon l’austérité et pour chemin l’injustice sociale.

Le Front de gauche a refusé le traité budgétaire européen et la règle d’or, ce n’est pas pour en accepter sa traduction en France. C’est donc une position à l’exact opposé de celle de la droite. Voter à gauche, n’en déplaise à quelques députés socialistes, c’est choisir la confrontation avec les marchés financiers, la satisfaction des besoins populaires, des lois qui bannissent les licenciements boursiers. Il n’y a pas si longtemps, au Bourget, François Hollande s’y engageait…

Le ministre chargé des relations avec le Parlement s’est montré plus raisonnable « Les communistes ont une position claire et je ne vois pas pourquoi tout le monde est surpris aujourd’hui », a déclaré Alain Vidalies. « Ils ont décidé de ne pas appartenir à la majorité gouvernementale. C’est un choix et je crois qu’il est respectable », a-t-il conclu en rappelant que "les communistes avaient participé à faire la majorité présidentielle".

La boussole qui guide les élus communistes, du Front de gauche, c’est celle qui se cale sur les intérêts populaires. Lorsque la première loi de finances au mois de juillet a permis des progrès en matière de justice fiscale, ses députés l’ont votée. Quand un texte a fait la lumière sur les responsabilités du gouvernement français dans le massacre des Algériens le 17 octobre 1961, ses sénateurs l’ont approuvé.

Mais quand le gouvernement a voulu faire passer en force une loi sur l’énergie qui menace les tarifs régulés et instaure un malus qui menace les milieux modestes qui habitent, nombreux, des appartements mal isolés, les sénateurs communistes retoquent le texte. Ils satisfont aux critiques de la CGT et de FO, qui dénonçaient ce projet néfaste, décidé « à la hussarde », en contradiction avec les discours garantissant des négociations préalables avec les acteurs sociaux.

Une leçon doit en être tirée par le gouvernement : chaque fois qu’il cédera aux pressions de la droite, pliera le genou devant le patronat ou se laissera séduire par le chant des sirènes libérales, il perdra le soutien des élus Front de gauche.

Qu’il entende les urgences sociales ou les aspirations des salariés et il pourra compter sur eux. Le Parti socialiste aurait tort de croire qu’il suffit d’avoir la majorité absolue à l’Assemblée nationale pour passer en force et négliger l’opinion du reste de la gauche. Ses difficultés actuelles dans l’opinion montrent qu’il a besoin de soutiens bien plus larges. Jaurès avertissait déjà en 1905 que la « fatalité promulguée éveille, avec toutes les inquiétudes, tous les appétits et toutes les insolences ».

Il suffit aujourd’hui d’entendre Laurence Parisot, Jean-François Copé et François Fillon pour ressentir l’obligation d’être résolu, d’abandonner les semelles de plomb qui clouent l’Europe dans la récession, de choisir une gauche pleinement à gauche.