EDITO

Budget 2013 Faire contribuer davantage les plus riches est une nécessité


24 octobre 2012

La préparation du budget 2013 est l’occasion, pour le monde de la finance et pour l’opposition de droite, de pousser des cris d’orfraie contre les moindres mesures susceptibles de réparer, même partiellement, les immenses injustices fiscales commises sous le règne de Nicolas Sarkozy.

La caste des grandes fortunes s’était tellement gavée de cadeaux en tout genre entre 2007 et 2012, que les projets de l’actuel gouvernement qui rétablissent un peu d’équité et de morale publique sont accueillis comme un affront, comme une entreprise de spoliation. Bouclier fiscal, allégement de l’ISF, baisse des droits de succession, allégements de charges, si ces décisions ont ajouté de la richesse à la richesse privée, elles ont aussi coûté cher aux finances publiques.

La moindre des décisions que l’on peut attendre d’une majorité de gauche est l’abolition de ces dispositions  ; ce n’est pas encore la fin des privilèges, mais c’est déjà trop pour le lobby du grand patronat, qui s’inquiète, dans un communiqué du Medef, de la proposition contenue dans le projet de loi de finances de soumettre les revenus du capital au barème de l’impôt sur le revenu.

Avec une bonne dose d’hypocrisie, le syndicat patronal fait mine de se lamenter sur le sort des petites et moyennes entreprises, alors précisément que la Confédération générale des PME est loin d’être hostile aux mesures fiscales. Denis Kessler, ex-numéro deux du MEDEF est une voix qui compte dans le monde patronal, conseille à François Hollande, « une réduction drastique des dépenses publiques », qui devrait, selon lui, « être deux fois plus importante que les hausses d’impôts ou de cotisations ».

Moins de prestations sociales, moins d’enseignants, mais surtout ne « touchez pas au grisbi », telle est la philosophie de cette figure du monde des affaires qui, déjà en 2007, à l’aube d’un autre quinquennat, avait réclamé qu’on en finisse avec l’héritage du Conseil national de la Résistance.

Faire contribuer plus fortement les riches contribuables et le capital au fonctionnement de la société répond à la fois à des impératifs de morale publique et à des nécessités économiques et sociales. L’enjeu est tel que l’on ne peut se contenter de mesures homéopathiques. Comme dans d’autres pays européens, la polarisation de la répartition de la richesse n’a cessé de se déséquilibrer au profit des plus riches.

Les politiques fiscales qui favorisent l’accumulation de richesse appauvrissent d’autant plus la société. Il faut inverser résolument la tendance, ce qui ne semble pas à l’ordre du jour à l’Élysée et à Matignon. Même moins injustement réparti, un budget de rigueur vissé à la réduction des déficits à 3% ne sera pas le budget du changement qu’attend le monde du travail. Ce verrouillage serait renforcé avec la mise en œuvre du traité « euraustéritaire », qui suscite plus d’enthousiasme auprès de M. Kessler que dans le peuple de gauche.