CRISE A TOUS LES ETAGES


13 novembre 2013

Crise à tous les étages

La nouvelle reculade du gouvernement sur l’écotaxe est un corollaire de ce qui semble devenu un théorème de l’impuissance. À savoir qu’à mesure que 
se creuse un fossé entre le gouvernement et les aspirations du peuple de gauche qui l’a élu, la droite et le Medef deviennent plus arrogants et en demandent toujours plus. La force d’un gouvernement ne réside pas dans sa capacité à faire des courbettes devant ceux qui le combattent. Elle est de s’appuyer sur la souveraineté populaire, et c’est ce que le président de la République 
et le Premier ministre 
ont écarté d’emblée, 
ce n’a pas été leur choix.

Les éditorialistes de la droite peuvent bien parler aujourd’hui de paralysie car, de fait, ils ont raison, et nous sommes entrés dans une crise politique sérieuse et inquiétante 
qui ne peut que s’aggraver dès lors même que 
le dernier atout de François Hollande, l’inversion 
de la courbe du chômage, fût-ce par des emplois aidés, semble bien en passe de lui échapper.

Mais cette crise politique est aussi une crise des valeurs et une crise morale dont témoigne évidemment la montée du FN dans les sondages dont certains veulent inférer de sa respectabilité, mais pas seulement. Le manifeste « des 343 salauds » autour du débat sur la prostitution en est à sa manière un exemple. Non par ce qui serait une contribution dans un débat complexe, car on sait que la répression en la matière peut se traduire par une fragilisation de la position des prostituées elles-mêmes, mais par ce qu’il signifie. En choisissant de reprendre les termes mêmes du Manifeste des 343 salopes de 1971, les signataires inversent ce qui était une manifestation courageuse et progressiste des femmes pour la liberté d’elles-mêmes, en un symbole de leur oppression 
et de l’exploitation de leur corps.

C’est bien, en effet, 
un manifeste de salauds, mais au sens littéral. Il fait 
de ce point de vue cause commune avec l’expression au grand jour d’une extrême droite et d’une droite 
de plus en plus « décomplexées » qui n’hésitent plus 
à recycler leurs thèses les plus réactionnaires, qu’il s’agisse de racisme ou d’économie.

Dans ces conditions 
le fait que le seul membre du gouvernement qui semble tirer son épingle du jeu soit le ministre de l’Intérieur 
ne fait que confirmer ce diagnostic pessimiste de 
la situation. Car chacun peut et doit se le demander  : en quoi utiliser les Roms comme des épouvantails et expulser une collégienne est-il de nature à régler les problèmes 
du pouvoir d’achat, du chômage, de l’industrie, de l’impôt  ?

Au point où nous en sommes, faute d’attendre par le haut un changement de cap, il faut sans doute l’impulser d’en bas. Les élections municipales ne doivent pas être la chronique des défaites annoncées. Elles peuvent être l’occasion pour les hommes et les femmes de gauche, avec des équipes rassemblées sur des contenus, d’exprimer et de mettre en œuvre des choix politiques transformateurs. Les tensions entre les forces du Front de gauche sont sans doute, de ce point de vue, devenues trop vives. Elles ont la lourde responsabilité de ne pas décevoir l’espoir.